Lê Hữu Khóa
Phạm Duy
Karma Imparfait et Renaissance Infinie

Littérature Vietnamienne - LA PART D'EXIL
Publications de L'Université de Provence, 1995

Pham Duy est incontestablement le musicien qui a le plus grand impact au Vietnam en ce XXè siècle. En un demi-siècle de création, la poésie n'a jamais quitté sa musique. Sa contribution est essentielle à plusieurs égards. Grâce à sa musique, plusieurs jeunes poètes de talent ont été découverts. Sa création musicale participe réellement au développement de la prose vietnamienne. L'évolution poétique, musicale récente de cet auteur en exil lui permet de franchir une autre étape : la synthèse esthétique des savoirs du zen sur le fond des souffrances du peuple vietnamien. L'introduction des dimensions philosophiques, métaphysiques du taoisme dans sa dernière création suggère de près ou de loin la réconcialition entre les différentes rivalités idéologiques qui divisent actuellement ses compatriotes. Et Pham Duy affirme à haute voix : ni économie, ni politique, seul l'art peut sauver le peuple de l'aliénation.

CHANTS de PHAM DUY
(traduit par Lê Hữu Khoá)

LE HAMAC
Je me couche sur le hamac
Je suis dans le hamac
Le hamac me balance
Ah ! la vie de jouissance
Ah ! le paradis terrestre
Lieu de mort, lieu de vie, lieu d'amour, lieu de haine
Montagne d'attente, gouffre de songe, joie, souffrance
Je me couche, le hamac m'emmène, le hamac m'emporte
Je me couche suspendu, je me couche tranquille... immobile

LE CRÉPUSCULE
Le crépuscule se lève
Les hommes, les arbres... chantent
Je te cherche, je te rencontre
Je te tire au retour, je te tire au départ
Je te pousse au ciel, je t'enfonce dans l'enfer
Je t'enterre dans mon âme, je t'extrais de mon corps...
Le crépuscule se lève
Les hommes, les arbres... chantent
Je te cherche, je te rencontre
Je ne t'embrasse pas à temps, je te perds.

SOURCE ET FRUIT
Ronde comme une balle en plomb noircie
dessus le sang séché, l'oubli efface les lieux de guerre
Ronde comme la terre paisible et calme
Toutes les espèces s'unissent, la vie est intacte
Rond comme le coeur de la jeunesse enfoui
Du coeur de cent ans, fin des dettes, fin des chances
Rondes comme les ailes d'anges qui s'épanouissent
Les ailes ne s'épuisent, le destin sans fin
Ronde comme une promesse d'un amour fidèle
Le karma n'arrive plus à se boucler, les renaissances seront multipliées.

Littérature Vietnamienne - LA PART D'EXIL
Publications de L'Université de Provence, 1995


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